Blog chaotique à la mise à jour aléatoire.


On y cause de
Métal sous toutes ses formes, d'ambiance d'apocalypse, films, séries, jeux de rôle et jours de colère...

mercredi 19 mars 2014

GRONIBARD // Satanic Tuning Club

La réputation du groupe de Grind Français n’est plus a faire. Et que les fans se rassurent, cet album pourrait être résumé –comme les autres – en quelques mots : Nichons, couilles, bruit, caca mou, poils, vomi.



Mais Satanic Tuning Club va plus loin. « Plus loin dans ton cul » diront les auditeurs de la piste nommée « T.A.F (tout à fond) ». Ils n’auront pas tout à fait tort. Gronibard c’est un peu comme le bonbon pourri du « Père Noël est une ordure ». Ce n’est pas Severine Ferrer qui démentira le sympathique détournement qui introduit l’album, il y a une deuxième couche dedans. Passé la première impression de déconne (et de samples hilarants), force est de constater que les Gronibard assurent musicalement.

Si « 30 millions de Zobis » et « Je te lacère les tétons a coups de Brosse à dents » restent fidèles a la musique du groupe (un chaos musical, avec quelques bridges rapides, des hurlements porçins, de la déconne et un choc surpuissant), « Arrête de boire, mets toi au foutre » est un morceau plus simpliste de la formation. Moins compliqué musicalement, moins effréné aussi. Dans le Fion à Hélène », malgré son sample d’intro assez hilarant, change lui aussi la donne. Un riff lourd, tonitruant introduit un morceau tout en saveur, en break et en changements de tempos inattendus. Jusqu'à l’arrivée du chant, qui se grefferait bien a un morceau de rock. Bon si on excepte les paroles : « Dans le fion à Hélène, y’a du foutre et de la merde ». On se refait pas. Le fameux morceau « T.A.F (tout à fond) » dont je parlais plus haut, ne remet pas les pendules a l’heure. Morceau simpliste (deux riffs simples) sur lequel se base une ligne de hurlement simple « Danstonculdanstonculdanstoncul ». Hilarant, simple et efficace. Le chaos désorganisé n’est pas bien loin, puisque le morceau suivant « David Gay Tha » et un véritable mur de bruit, sur lequel Anal Capone chante avec la plus grande conviction du monde « Love don’t let me go » sans vraiment connaître les paroles.
S’ensuit une reprise de Disrupt (A Life’s A life), plutôt réussie bien que toujours introduite avec un sample de porno (tiens j’aimerais bien savoir duquel il est tiré celui-là).
Le dialogue est rétablit avec « Fais moi pas chier connasse », plus proche a vrai dire d’un morceau des Sublime Cadaveric Decomposition » de ce que le groupe a déjà produit
Fingermail, le morceau suivant est une –très courte – reprise de Exit 13.

La fin de l’album est autrement plus curieuse et jouissive à la fois. En effet, les Gronibard nous offre 3 de leur morceaux les plus cultes en version unplugged. Drôle d’idée ? Pas forcèment.
Outre un tempo ralenti, il faut dire que les morceaux ne sont pas choisis au hasard. Que ce soit « March of Gronibard », « Prout de Bite », « Va Faire la vaisselle » les morceaux sont décortiqués, explicites et tout à fait a leur place a la fin de cet album.

Satanic Tuning Club ravira les fans du groupe. Les errements dut aux reprises ou aux morceaux unplugged posent cependant quelques questions. Le groupe n’a-t-il plus rien a dire ? Satanic Tuning Club est-il l’ultime opus d’un groupe révolutionnaire ou représente t’il plutôt une pause dans la carrière du seul groupe de Grind-porn ?

« Pacifuck », l’ultime morceau acoustique de l’album le conclue ainsi « Arrête d’écouter ce disque de merde. Va plutôt astiquer ta caisse. ». On espère quand même retrouver la formation française bientôt. Satanic Tuning Club met une claque dans la gueule, espérons que cela ne sera pas la dernière.

CAIN'S DINASTY // Legacy Of Blood

Venus directement d’Espagne, les CAIN’S DINASTY débarquent avec leur premier opus nommé « Legacy Of Blood ». C’est Melodica Records, nouveau label français, qui signe cette formation espagnole. La production est de Fernando Asensi (producteur d’Opera Magna et de DragonFly entre autres) qui réalise là un très bon travail. Le son est vraiment bien foutu, pour un premier opus, c’est du très bon boulot !

Mais venons-en au fait. CAIN’S DINASTY évoluent dans un registre au combien hermétique, celui du Heavy Mélodique teinté de Speed (avec un peu de Death qui sent sous les bras). Etant fan de jolies filles et de jaquettes de cd, il est bien évident que celle de « Legacy Of Blood » ne pouvait que me contenter, mais creusons plus loin. Si nous avons bel et bien à faire à une scène vampirique (bon, un peu second degré grand guignolesque quand même, m’enfin, ça reste du vampire), il faut noter que la totalité des titres de l’opus se concentrent sur les vampires et que le groupe en semble friand, vu leur patronyme (les descendants de Cain seraient en fait les premiers vampires). En fait, autre que le genre vampirique, les membres de la formation ont surtout l’air d’avoir pas mal apprécié le monde décrit par le jeu de rôle « Vampires, la mascarade », tant l’ambiance et les paroles semblent se référer a cet univers.

M’enfin ça doit valoir aussi pour tous les romans d’Anne Rice.

La musique pratiquée par les CAIN’S DINASTY est donc suffisamment conventionnelle pour que l’auditeur ne soit pas déboussolé. Un bon gros heavy des familles mené par un chant lyrique, sur un rythme qui s’affole de temps en temps mais qui reste suffisamment balisé pour qu’on puisse apprécier les nombreuses mélodies entrainantes et les refrains efficaces même si la majorité de l’opus reste attendue.

Là ou les CAIN’S DINASTY frappent un grand coup sont les moments où leur coté ténébreux ressort, à grands renforts de claviers ou de rythmiques lourdes, comme à la fin de « Two Seconds To Forget Your Name », l’intro de « Under The City’s Light » ou le fabuleux « Infancia Enterna ». Bref, les moments où la formation laisse exploser son identité qui couve pendant tout l’opus, à l’image de cette guttu en second plan sur bien des morceaux.

Et donc, en toute logique, la formation se vautre quand elle reste dans des chemins ultra-balisés, comme sur la balade interminable « Come To Me », nettement le point faible de l’opus. On aurait donc apprécié que les espagnols laissent pleinement exprimer leur créativité, l’album en aurait très probablement gagné en force et en identité.

Mais ne soyons pas mauvaise langue. « Legacy Of Blood » est un très chouette premier opus, qui devrait contenter tous les fans de Heavy et probablement intéresser sur certains points un nombre d’autres. A découvrir dans tous les cas.

Tracklist :

 01. Legacy of Blood
 02. Two seconds to forget your name
 03. Under the City Lights
 04. Remember the Tragedy
 05. The Journey
 06. Tears of Pain
 07. Infancia eterna
 08. Come to Me
09. Taking a Look


vendredi 14 mars 2014

Karnysera // La Voix du Mal



On imagine facilement Dunkerque –quand on ne connait pas la ville- comme une grosse cité recouverte sans cesse d’une chape grisâtre en guise de dôme. Des gens tristes, ou du moins ayant fait de la mélancolie leur plus fidèle compagne (oooooh la belle phraseuuuh).

C’est cliché –bien évidemment- mais pour moins qui suis à l’ extrême sud du pays, Dunkerque reste une immense inconnue pour moi. Plus jeune, je suis longtemps resté sur cette image.


Et la musique de KARNYSERA ne va certainement pas démentir la réputation du coin. En effet, la formation de d’Electro Thrash Ambient est originaire de Dunkerque. Notons, cela se sent de suite, tant l’univers de l’opus « La Voix du mal » est noir et palpable, grâce en partie aux programmations des compos, très travaillées et donnant une épaisseur supplémentaire a l’ensemble du skeud. La partie rythmique est quand à elle implacable. Une batterie électrique très froide, très marquée et efficace, accompagnée de la basse de Sylvain, bien mise en avant et contribuant à donner cet air si sombre aux compos. La musique de KARNYSERA serait néanmoins incomplète si je ne mentionnais la guitare de Julien, aux riffs incisifs, efficaces et très entrainants.

J’oublie rien ? Ah si, le chant. Notons que les compos de KARNYSERA sont entièrement en français, ce qui ne gâche rien, mais surtout particulièrement bien écrites et traitant de différents sujets ne pouvant laisser indifférent (« Requiem du Paria », « Guernica » (probablement inspiré plus par l’œuvre de Picasso dans un premier temps que par ce qu’elle décrit), « Chute Libre »), bref que du bon.

Non, ce qui est emmerdant –et je pèse mes mots- c’est cette façon de chanter, avec un chant clair et pas vraiment nuancé que possède Mickael. Et c’est d’autant dommage que tout le reste fonctionne particulièrement bien. Bon, je ne demande pas des guttus, des hurlements ultraviolents ou suraigus, bien évidemment. Mais une certaine nuance dans les lignes de chants auraient été bienvenue, surtout quand le pari du chant clair est tenté jusqu'à la dernière note de l’opus sans en dévier a aucun moment (mis a part sur la conclusion de « Guernica » ou une petite guttu de derrière les fagots est relativement bien sentie). Le tout a l’avantage de donner une ambiance bien particulière aux compos de KARNYSERA mais c’est également ce que l’on peut le plus aisément critiquer tant le reste tient bien la route. Alors, évidemment, le premier album de KARNYSERA est sympathique et on est facilement entrainés par les mélodies et l’efficacité de la plupart des morceaux. Au fur et à mesure des écoutes, le souci de la voix s’efface et on se surprend à redécouvrir certaines compos.

L’ennui, c’est que je ne suis pas sur que la grande majorité des auditeurs potentiels de l’opus fassent la démarche d’en écouter plusieurs fois l’intégralité afin d’en apprécier toutes les nuances mais, au contraire, être découragés par les lignes de chants.

En tout cas, tous ceux qui en feront l’effort apprécieront les KARNYSERA à leur juste valeur. Les autres passeront leur chemin…

[Pour Imm3moria - 2008]

Luca Turilli's Dreamquest // Lost Horizons

LUCA TURILLI’S DREAMQUEST n’est ni plus ni moins que le troisième projet du désormais célèbre guitariste, officiant déjà dans RHAPSODY et dans son propre groupe portant son nom.

C’est dire si le gratteux Italien est productif. Et ceux qui trouvent à  redire a sa capacité pour se renouveler devront s’incliner devant ce majestueux «  Lost Horizons », qui surpasse –et de loin – tout ce qui a put se faire en Metal Symphonique tout en mettant la barre très haut pour ses successeurs.

Mais revenons à nos moutons lyriques.

Après avoir contemplé la zolie couverture qui est à voir (dès qu’une jolie fille est sur une cover, je me sent obligé de le signaler) et m’être servi une Eau Bénite, je lance l’opus. Et loin de démarrer sur des chapeaux de roues, c’est une intro aux claviers qui m’accueille. Claviers manœuvrés par le maître car, en effet l’italien virtuose a ici décidé de délaisser son instrument fétiche pour se concentrer sur les claviers, laissant au français Dominique Leurquin (qui accompagne RHAPSODY sur les tournées) le manche à cordes.

Mais la guitare n’est pas ce qu’il y a de plus marquant dans LUCA TURILLI’S DREAMQUEST (même si les plans sont assez impressionnants). Non, car le projet de Turilli rejoint celui de certains groupes actuels, à savoir NIGHTWISH, AFTER FOREVER ou encore WITHIN TEMPTATION. Et oui, LUCA TURILLI’S DREAMQUEST est l’un de ces noooombreux groupes de Metal à chanteuse.

Mais là ou certains font de bons albums, LUCA TURILLI’S DREAMQUEST hisse au sommet du monument du genre «  Lost Horizons », un véritable bijou sans égal. Et cela, il faut bien le reconnaître, grâce a la puissance et a la maîtrise sans égal de la vocaliste, une illustre inconnue dénommée Myst … ben oui, probablement a cause d’une obscure histoire de droit le nom de cette fée n’est pas dévoilé sur l’opus qui date de 2006. Si son identité avait fait couler beaucoup d’encre a l’époque, les avis convergeaient sur Bridget Fogle (déjà présente sur le monumental «  The Infinite Wonders of Creation » de Turilli) pour produire une telle performance vocale.

Car la voix de LUCA TURILLI’S DREAMQUEST arrive à se faufiler partout, possédant une puissance alliée à une grâce rarement entendue sur un opus de Metal. Mais oui putain, parfois ce mot nous revient a l’esprit. J’écoute du Metal. Ce cd est un cd de Metal. Cela parait improbable et pourtant…

Escusez-moi du peu, entre «  Virus », «  Too Late », «  Gothic Vision » ou encore le divin « Sospiro Divino » l’opus atteint tout simplement des sommets, flirtant avec de l’opéra. Ni plus ni moins et c’est là que Turilli prouve son génie, son incroyable talent en mélangeant ces airs –évident- d’opéra, de Metal (et parfois bien efficace «  Black Rose », «  Shades Of Eternity », « Energy ») et des claviers électro.
Tout simplement imparable.

Vous voulez vraiment mon avis sur ce disque ? Vous voulez vraiment que je vous dise de balancer toutes vos galettes qui osent se balader sur le même registre que LUCA TURILLI’S DREAMQUEST ? Soyons clair, à mon sens, cet opus est l’un des plus aboutis dans le genre, on ne fera jamais mieux ou alors avec beaucoup de difficulté et de génie.

Depuis ma découverte de LUCA TURILLI’S DREAMQUEST, les autres groupes du genre me semblent surnager qu’avec difficulté et il est rare que l’un d’entre eux produise quelque chose de vraiment intéressant.

Hey toi, l’amateur de Metal Symphonique ! Jettes tous tes autres cd et vient voler avec nous. On est si bien au-dessus des autres. On est si bien au sommet de tout.

+Tracklist :

1. Introspection
2. Virus
3. Dreamquest
4. Black Rose
5. Lost Horizons
6. Sospiro Divino
7. Shades Of Eternity
8. Energy
9. Frozen Star
10 Too Late
11 Dolphin’s Heart
12. Gothic Vision

jeudi 27 septembre 2012

Interview Tagada Jones ( Niko, vocaliste lead)

Salut à toi. C'est un grand honneur pour le fan que je suis de procéder à cet entretien, très franchement. J'espère que tu va me pardonner la longueur de l'interview mais rassure-toi, je me suis freiné et j'ai passé pas mal de questions à la trappe par souci de longueur.

On y va.

Tagada Jones c'est avant tout un engagement politique sans détour. Depuis bientôt 20 ans le groupe vocifère sans discontinu sur sa lancée... Mais depuis 20 ans cela va de pire en pire. Y'a un moment où vous remettez en cause vos convictions, où vous êtes fatigués de tout ça ? Ou trouvez vous la force donc, 20 ans aprés, de repartir de plus belle ?

Niko (chant / guitare) : C'est vrai qu'on arrive bientôt à 20 ans, on fêtera d'ailleurs ça comme il se doit fin 2013 !!! La situation sociale et économique ne fait que de s'empirer, mais avons nous réellement pensé à un moment que ça n'allait pas être le cas ? Pas sûr, la voracité du capitalisme est telle, qu'il écrase tout sur son passage, sans se soucier des dégâts que cela peut engendrer, seul compte le profit. Je crois que depuis le début du groupe, on avait bien compris cela, et forcement on savait que le combat serait vraisemblablement perdu d'avance, mais a aucun moment ça nous a fait douter de nos convictions. Et je peux te dire, qu'elles sont toujours intactes, pas questions de baisser les bras ! Ce que je pense c'est qu'au moins maintenant on est plus nombreux sur le bateau de la colère, et qu'on est peut être un peu moins pris pour des hurluberlus ou des marginaux, la société est bel et bien en train de se rendre compte qu'elle se fait enfiler depuis des années par l'ultra libéralisme.

Le vrai combat va pouvoir commencer !

Avec "Descente Aux Enfers", ce nouvel album, vous avez repris le même discours mais vu par la lentille presque égocentrique finalement d'un protagoniste extérieur à la formation. Adolescent devenant amoureux puis jeune adulte dévoré par la drogue, il ne cesse finalement jamais son combat, allant jusqu'à prendre en otage son patron pour défendre ses idées. Ce parcours romancé vous le pensez réaliste ? Qu'est-ce qui vous a poussé à écrire un album de cette façon ?
Comme on ne veut pas non plus trop tourner en rond, on a trouvé intéressant d'écrire cet album sous cet angle. Ça change vraiment le type d'écriture. C'est d'ailleurs assez drôle car le premier clip "Zéro De Conduite" tiré du début du disque, donc de la période adolescente de ce protagoniste, a effrayé certaines personnes, ne reconnaissant plus la façon d'écrire de TAGADA. Je t'avoue que ça m'a bien fait plaisir, car il faut aussi parfois secouer un peu les habitudes. Quant au réalisme de la situation, je crois qu'on en est vraiment pas loin... On a choisi ce titre pour illustrer la prise de conscience qu'est l'entrée dans la vie active, et la grande désillusion que cela peu représenter par rapport à nos rêves d'enfants... Le choc est rude, et il risque de l'être de plus en plus. L'écart entre les plus riches et les plus pauvres ne fait que de s'agrandir, et ça va forcement aboutir sur des clashs !

Dans ce nouvel album on sent que l'effort à été fait sur les mélodies vocales. Etait-ce important pour vous d'atténuer l'agressivité des vocaux, comme vous l'aviez fait avant sur le single "Une Fois De Trop", par exemple, pour ce travail plus introspectif que sur les autres opus ou est-ce que cela est venu naturellement pendant l'enregistrement ?
Je crois que ça se fait assez naturellement, ça correspond plus à des envies de ne pas chanter tout le temps de la même façon, on a pas vraiment travaillé ça, ce sont des mélodies qui nous sont venues de manière très naturelle.

Comment les choses se sont-elles passées avec Steph Buriez pour ce second effort ensemble ? Qu'a-t-il apporté à la cohésion du groupe ? C'était important qu'il soit le premier à bosser sur le mix ?
Disons qur'on ne peut pas toujours tout faire seul, même si la devise DIY du groupe est aujourd'hui plus vrai que jamais. Steph est un bon ami, on c'était très bien entendu sur le disque précédent, c'est donc tout naturellement qu'on s'est tourné vers lui. On avait envie de travailler à plusieurs sur le disque, c'est pour cela qu'on a un peu morcelé les tâches de chacun, histoire de ne jamais frôler la routine...

Le retour à un enregistrement "live" vous l'avez senti comment ? Qu'est-ce que cela a-t-il apporté en plus par rapport aux opus précédents ?
Ben il faut bosser ! En fait on se rend compte que les prises modernes sont une belle fainéantise, c'est beaucoup plus contraignant d'enregistrer "live". Donc une fois les morceaux composés, on s'est mis a bien les répéter pour être fin prêt au moment de l'enregistrement, un peu comme pour notre première session de studio. Mais le résultat est là, oui peut être que l'on perd en qualité de son, mais par contre, qu'est ce qu'on gagne en dynamisme et en efficacité ! Finalement, je crois que la course au gros son retire beaucoup de choses à la musique, il va bien falloir arrêter à un moment ou un autre.

Dans le même ordre d'idées, pourquoi était-ce important de retrouver André Gielen pour les vocaux, alors que justement leur mélodie et leur impact émotionnel est bien différent qu'à l'époque de "Manipulés" ?
C'est aussi un très bon ami ! On avait pas retravaillé avec lui depuis "L'envers Du Décor" où il avait aussi fait les prises voix, c'était donc l'occasion de repasser quelques jours ensemble. En plus il a vraiment une bonne expérience des prises voix, et il n'hésite pas à te dire si ce que tu fais c'est bien ou c'est nul, pas de fioritures, droit à l'essentiel.

Dans "Zéro De Conduite", tu lâches un mesquin "Société tu m'auras pas", un clin d'oeil à Renaud ?
Evidemment, je voulais même accentuer l'image pour le clip, mais le réal était pas chaud... Perso j'ai pas mal écouté Renaud quand j'étais tres jeune, à l'époque ça me paraîssait vraiment être un vrai rebelle, aujourd'hui je ne sais plus trop quoi penser du personnage, mais en tout cas, cette maxime m'as toujours plu !

Que penses-tu des artistes politiquement engagés qui, comme lui, cessent le combat quand l'argent devient plus important que la lutte ?
Je ne sais pas si c'est l'argent ou le manque de motivation, en tout cas j'espère que ça ne m'arrivera jamais !!! Je ne me permets pas de juger des gens que je en connais pas personnellement, et encore moins à travers ce que les médias peuvent nous présenter... Pour son cas, l'alcool y est peut être aussi pour quelque chose... Je connais personnellement des gens que ça a détruit, réduit à néant, un peu comme peu le faire la drogue dure... Bref, il a baissé les bras, mais on ne connaît pas la cause. C'est vrai que beaucoup le font une fois les poches bien remplies, c'est bien dommage.


Dans "Trop De Connards", tu stigmatises le fait d'agir bêtement juste pour agir, comme le ferait quelqu'un (et on sait qu'ils sont nombreux) qui vote par exemple FN juste pour ne pas voter autre chose. Mais est-ce qu'au fond le fait d'agir bêtement mais agir contre un mainstream ça ne rejoint pas un peu tes idées ?
Oui, disons qu'à travers ce morceau, on vise surtout la violence gratuite et la connerie en générale. Je pense, qu'on peut agir sans le faire bêtement, franchement ça me gonfle de reporter sa haine sur des innocents ou sur le reste de la population. Je suis à 100% pour combattre le système, mais jamais pour le faire stupidement. Ca fait d'ailleurs le jeu du capitalisme et des politicards, qui retournent toujours ces faits d'armes pour diviser les opinions, et comme on le sait tous... "diviser pour mieux régner".

A l'aube des élections présidentielles, au lendemain des primaires socialistes, est-ce que tu penses que le discours du groupe va être entendu ? Où en est la politique en France, à ton avis ? Et n'y aurait il pas d'autres options pour le Peuple que celle que de se rendre aux urnes ?
Je sais que notre discours a un certain retentissement, puisque beaucoup de gens viennent me parler à la fin des concerts, mais soyons réalistes ça reste bien sûr limité. Je n'ai pas la prétention de changer le cour de l'histoire... La politique pour moi c'est un milieu véreux... Il n'y a qu'a regarder les gens du même partie s'entretuer pour être calife à la place du calife et on a tout compris. Malheureusement, ce sont bien les politiques qui font les lois, donc on est contraint et forcé de passer par eux, il faut donc voter pour éviter le pire...

Comme qui dirait : la révolution, ok. Mais aprés ? Quid de l'auto-gestion ou encore des TAZ ? Quelle est la position du groupe face aux alternatives luttant contre le capitalisme ou l'économie et la société actuelle ? Penses-tu réellement que ces concepts soient viables ?
Ben à force de vouloir tout nous prendre, le capitalisme ne va t-il pas lui même nous forcer à créer des TAZ ??? Moi je pense qu'il va y avoir des élans sociaux qui vont conduire à un refus massif de l'exploitation économique. Quand tu regarde bien, toutes les coopératives agricoles ou même mieux biologiques, qui permettent aux producteurs de vendre directement aux clients sans intermédiaire, n'est ce pas déjà une contre offensive au capitalisme ? Je ne sais pas si ça marche partout, mais je peux te dire qu'en Bretagne c'est en pleine expansion ! Personnellement je n'achète plus mes fruits et légumes que par ce biais, et contre toutes les idées reçues, ce n'est pas plus cher qu'en grande surface !!!

"La Raison" est une chanson très profonde, presque philosophique. C'est du vécu ? Est-ce que le fait de voir la misère et de savoir qu'une grosse partie du monde n'a rien te gâche une partie de la vie ? D'après toi qui a raison finalement ? Ceux qui s'en préoccupent ou ceux qui passent outre et réussissent leur vie en foulant les autres au pieds, comme tu le dis dans "Lutter" ? Même si moralement c'est pourri, faut bien reconnaître que ces gens là gèrent bien mieux leur ressenti que nous, non ?
Oui c'est une grande question... Disons qu'étant nés occidentaux, on a déjà une certaine chance, et qu'il y a beaucoup, beaucoup plus malheureux que nous... Alors je ne sais pas si ceux qui passent outre gère mieux leur ressentiments, je crois tout simplement qu'ils n'ont pas de coeur et donc pas de ressentiments... Ils se foutent de tout, seul le gain compte. Quand tu n'es pas comme eux, tu es forcement dans un certain paradoxe... Je crois qu'il faut essayer d'être en phase avec tes convictions, si on ne peut pas changer le monde , on peut au moins mener des actions positives, c'est ce que j'essaye de faire le plus possible.

Mais au final, pourquoi ne pas se caser tranquille en chantant de la merde et en ramassant de la thune (et vous renommer Flagada Jones, du coup) ?
Comme je le dis dans ces chansons "La Raison" et "Lutter", il faut faire un choix dans la vie, on a fait le nôtre !

Dans "Descente Aux Enfers" on sent clairement que les riffs doivent plus au thrash qu'à du punk, ou même qu'au metal dans un sens plus général alors qu'avec "La Traque" vous jouez avec hExcess, un groupe Rennais de prog électro proche du travail des Nin et avec La Phaze (drums n' bass proche d'Ez3kiel) dans "Retour A La Réalité". Mais au final, les influences musicales des Tagada, c'est quoi aujourd'hui ?
On prône l'ouverture d'esprit, on écoute donc beaucoup de choses différentes. Le groupes s'est formé sur les cendres de l'alternatif, notre point commun est une affection des musiques "dures", peu importe que ce soit, rock, punk, metal, hardcore ou électro.

Cela fait plusieurs fois que vous enregistrez avec La Phaze. Y'a des liens plus que professionnels entre vous ?
Ce sont de bons amis, il y a plein de groupes avec qui on a joué et avec qui le courant n'est pas toujours passé. Aussi étonnant que ce soit, nous n'avons pas énormément partagé les planches avec La Phaze, mais dès le premier concert le feeling est passé. C'est comme ça, cela ne s'explique pas... Je pense que cela s'appelle juste de l'amitié.

Les Tagadas, les Lofof, la Mass ou encore les Ramoneurs de Menhirs, pour les plus connus... Il existe un courant punk / metal ou assimilé plutôt important en France et qui a cette particularité de ne s'exprimer que dans la langue de Molière. A quoi cette nouvelle émergence (même celle d'anciens groupes) est-elle due d'après toi ?
Je ne trouve pas qu'il y ait beaucoup de groupes à chanter en Français, en tout cas pas assez à mon goût. Non pas que je sois pour une mise en place de quota dans le rock Français, mais ce qui me gêne c'est que beaucoup de groupes chantent en Anglais sans maitriser : ni la langue, ni l'accent, ni les tournures de phrases... Dans ce cas je pense qu'il vaut mieux rester dans sa langue maternelle. C'est d'ailleurs exactement pour ces raisons qu'avec TAGADA on est resté sur le chant en Français. Si un jour je maîtrise l'Anglais à 100%, je ne dis pas qu'on ne fera pas un album en Anglais, mais pour le moment c'est pas au programme.

Les Tagadas, ça commence a faire une jolie petit histoire. Tes meilleurs souvenirs c'est quoi ?
Ohhh comme tu dis, ça commence à faire.... des bons souvenirs, on en a plein, et tant mieux d'ailleurs. Pas facile de choisir parmi tout ça... Je pense que d'une manière générale, les tournées à l'étranger et les tournées en plateau avec d'autres groupes sont toujours de super moment. Dernièrement Le Bal Des Enragés a aussi été une super expérience !


Si tu devais citer un album ou une chanson représentative du groupe, ce serait quoi ? Et ta préférée, celle que tu places toujours en live ?
La vache, la colle.... Allez, je dirais "Yec'hed Mad" du dernier album, où l'on passe au crible pas mal de chose qui nous emmerdent tout en imaginant un perso en train de boire des coups à la santé de tout ces cons ! Par ce que même si on est bien vénère de toute cette connerie qui nous entoure, on aime bien se retrouver entre nous, on en concert et faire la fête... on est Bretons quoi, il ne faudrait pas l'oublier... Le morceau que l'on a le plus joué en live je pense que c'est "Manipulé", c'est pas forcement ma préférée, mais je pense qu'on a dû la jouer pas loin de 1000 fois en concert...

Avec "L'otage" tu soulèves un point important. A quoi sert de changer une société quand ceux qui profitent d'elle ne se sentent pas concernés par ces changements ? Après tout, n'est-ce pas humain de profiter des rouages de la société quand cela est possible ?
Je crois que tous les indignés vivent quelque part un paradoxe entre refuser la société tout en vivant avec... Moi je suis conscient de vivre au sein de la société, mais ça ne m'empêche pas d'en refuser les abus. Dans ce morceau, je dénonce les travers de certains patrons ou "petits chefs". On peut profiter de la vie sans écraser les autres, y'en a vraiment plein le cul de supporter la connerie humaine et leur politique du profit à tout va.

Prendre les patron en otage, c'est malheureusement devenu une des seules façons de se faire entendre dans une société plus médiatique que moraliste. C'est le genre de trucs dont les Tagada seraient capables de faire ?
On a pas besoin de le faire puisque nous sommes nos propres patrons. Position que l'on a adoptée dès le début du groupe. Mais je ne dis pas que si je bossais dans une grosse entreprise, je ne ferais pas partie des preneurs d'otages pour se faire entendre, comme tu dis, malheureusement il n'y a plus que ça qui marche...

Est-ce que tu penses profondément que cela suffit pour se faire entendre ?
Force est de constater que ça a le mérite d'ouvrir les débats. C'est déjà mieux que de subir sans rien dire.

Au fait, être Tagada ça suffit pour en vivre ? On vous sait intermittents du spectacle, les Bérus pour ne citer qu'eux s'y sont toujours refusés. Comment-faites vous pour garder un pied dans la réalité des ouvriers ?
Ben déjà on gagne comme un ouvrier, faut pas croire on ne gagne pas plus. Cela fait maintenant 14 ans que l'on est intermittent. Effectivement certains groupes comme les Bérus s'y sont refusés, moi, je trouve ça moins paradoxal que de vendre ses disques à la Fnac. C'est un statut social obtenu par des travailleurs, c'est un droit, un peu comme la sécurité sociale. Franchement à quoi cela sert de refuser ses droits ? Favoriser le patronat ou l'état ? Quand on sait comment ils nous entubent... En plus, la plupart des gens qui refusent le statut sont Rmiste, je ne suis pas persuadé que cela soit très différent éthiquement parlant. Mais je ne suis pas non plus pour la division dans nos rangs. Pour connaître certains membres des Bérus (puisque tu les cites), je sais que l'on utilise des voies légèrement différentes pour atteindre nos buts et défendre nos idées... qui sont tout de même très proches. Nous en avons souvent discuté et l'important même si l'on a quelques divergences, est bien de s'unir pour lutter !

D'ailleurs, tu as grandi dans quelle ambiance politique ? Qu'est-ce qui a fait de toi le chanteur engagé politiquement qu'on connaît ?
Mes deux parents avaient leurs cartes au parti socialiste, aujourd'hui mon père continue de prendre part aux campagnes socialistes et ma mère, en retraite, est devenue bénévole activiste à la Croix Rouge.

Avec "Retour A La Réalité" l'auditeur perçoit rapidement un changement de son. Plus clair, plus lucide mais toujours nerveux et à contre-courant, notre Héros décide finalement de morfler et de souffrir toute sa vie pour continuer à mieux lutter, mais en paix avec lui-même. Ce combat, cette lente chute aux enfers pour se réveiller plus lucide avec soi-même, comment en êtes-vous venus à écrire cette fin ?
Moi, je vois vraiment ça comme un réveil. L'album et l'histoire étaient terminés quand on a commencé a écrire ce morceau avec Damny, du coup, on a trouvé cela intéressant de l'écrire sous cet angle.

Le protagoniste sort de cette histoire changé, presque métamorphosé finalement mais avec toujours la rage au ventre. Est-ce que son histoire n'est pas un peu celle du groupe, qui de rage aveugle presque adolescente contre la société a réussi a évoluer et à avoir un regard plus mature sans perdre de vue ses objectif et son combat ? Le réveil et la prise de conscience date de quand ? On peut dire que Tagada Jones, à l'image du Héros, est en paix avec ses démons ?
Il y a surement de ça ! Cet album révèle sûrement notre doute quand aux capacités des hommes de devenir "bons". Mais ce qui est sûr c'est que les luttes ne sont et seront jamais veines, et qu'il ne faut en aucun cas s'avouer vaincu, même si la route est longue...

Je te laisse conclure ?
C'est grâce à des gens comme toi que le groupe a pu se faire connaître, alors sincèrement merci pour cette interview, et continue de servir le rock indépendant !
Kenavo
Niko