Salut à toi.
Johan Scipion est de retour de sa sombre patte sur le Blog du Visage Défoncé au Marteau. Et pas que parce qu'il matte des chouettes films ou écoute de la bonne zik, non mooosieur. Johan est surtout et avant tout un auteur de jeu de rôles indépendant et autonome, créateur immortel de
l'inénarrable et indétrônable Sombre, le jeu de rôle qui, en plus de te
faire peur comme au cinéma, repense et repose les bases de ce
fantastique loisir en une poignée de numéros. Poignée de plus en plus grosse, certes, je te l'accorde.
Mais justement, Halloween aidant, c'est le retour du petit indépendant daaaaark. Alors je suis allé voir m'sieur Sombre pour lui demander comment était l'ambiance quand on sortait de la messe noire.T'as le résultat, ici, sous tes petits yeux fripons.
Salut Johan !
Hello monsieur Groumph'. Quel plaisir de papoter
de nouveau avec toi.
Alors, on fête le 666e numéro de Sombre ? Raconte voir.
Tout bêtement, l'occasion a fait le larron. Quand j'ai vu que
j'en arrivais bientôt au 666, je me suis dit qu'étant donné la
symbolique du chiffre, il fallait que j'en profite pour faire un
numéro spécial démons. En définitive, j'en ai écrit deux parce
que, hey, pourquoi pas ? Un régulier et un hors-série qui le
complète.
Ce hors-série qui accompagne S666 est le HS11. Pourquoi n’est-ce
pas le 999 ?
Pour faire rager. Ça crispe, hein ?
Les couvertures des numéros rappellent la « bonne époque » des
suppléments INS, le souffre en plus, voire certains albums de black
ou de death (coucou Deicide et Behemoth). T’as pas peur des retours
de personnes un peu trop intégristes ?

J'espère qu'il n'y aura rien de ce genre parce que ce n'est pas
le but. Je devais bien sûr annoncer la couleur avec mes couvertures.
Elles sont la vitrine des zines, c'est leur fonction. Mais je ne
cherche pas la provocation. Mon créneau est le divertissement
ludique. Je veux simplement faire ce que j'estime juste. Pas au sens
de bon, d'approprié. Inscrire, y compris graphiquement, chaque
numéro dans le sous-genre horrifique auquel il est dédié. En
l'occurrence, tous ces films qui depuis L'Exorciste et Hellraiser
traitent de démons, de possession et/ou d'enfer.Pour parler de L'Exorciste, je t'avoue que si je vois bien les
raisons de son succès, je n'ai en revanche jamais compris le
scandale qu'il a généré. Lui reprocher le blasphème ou la
démonolâtrie relève au mieux d'une lecture superficielle du livre
et du film. Je me suis toujours dit que les catholiques qui
conchiaient ces œuvres ne le faisaient que sur la base de leur
réputation, sans les avoir ni lues ni vues. Parce qu'en vrai, sous
le verni horrifique, ce sont des produits 100 % catho. Gentils curés
contre méchants démons, avec une vraie finesse d'écriture,
d'interprétation et de mise en scène.
Merrin n'est certes pas super bien dégrossi, c'est un archétype
fun, mais Karras est un personnage magnifique. L'un des prêtres les
plus réussis de la littérature et du cinéma, tous genres
confondus. Et leur fin à tous deux est celle d'authentiques martyrs.
Merrin se tue à la tâche, Karras se sacrifie pour sauver une
enfant. À mon très modeste niveau, j'ai tenté de capter une petite
partie de ce superbe drame dans le scénario de S666.
Conjuring, Sinister ou Délivre-nous du mal, les
films de possession sont légion. Tu es plutôt old school ou est-ce
que les nouveaux numéros de Sombre lorgnent aussi vers ces films
plus récents ?
Je n'ai pas encore vu Délivre-nous du mal, mais
garde un bon souvenir (quoique un peu flou, je l'avoue) de Sinister,
et suis fan de Conjuring, le premier surtout. J'aime beaucoup ce que
fait James Wan en horreur. À côté de cela, je considère que
L'Exorciste est un chef-d'œuvre. Donc old ou new school, tout me va.
Dans S666 et HS11, je me suis efforcé de capter les codes et les
clichés des films de démons et de possession. Si je me mets en tête
de distinguer par principe le neuf du vieux, je vais louper des trucs
cool.
Cela ne veut pas dire que je n'ai pas mes
préférences. Clairement, mes passions cinéphiliques orientent mes
choix créatifs, mais je n'ai pas forcément besoin d'aimer beaucoup
un film pour m'en inspirer. Parmi les références que je donne en
ouverture de chacun de mes scénarios, il n'y a pas que de gros kifs.
La plupart le sont, mais pas toutes. On peut trouver de bonnes idées,
un micro détail parfois, dans des films globalement passables ou
mauvais. On peut aussi en tirer des leçons pour ne pas refaire à
table les erreurs vues à l'écran. Il ne m'arrive plus de regarder
un film d'horreur en simple spectateur. Il y a toujours une petite
partie de mon cerveau qui game-designe.
Dans tes articles, tu as prévu l’intervention de prêtres ? Pas
trop compliqué de faire incarner PJ prêtres cohérents a des
joueurs autour d’une table ? Tu as des pistes sympas à donner ?
J'ai effectivement prévu un scénario dans lequel on joue des
prêtres, mais ce n'est pas le thème principal de S666 ni de HS11.
Ces numéros traitent des démons. Or les uns vont très bien sans
les autres. J'aborde bien sûr la question des exorcismes, mais on
peut mettre des créatures infernales dans ses parties de Sombre sans
qu'il n'y ait pour autant de prêtres. D'ailleurs, c'est en vain
qu'on en chercherait dans les cinq comptes rendus de playtest que je
publie dans HS11. Le manichéisme gentils curés contre méchants
démons n'est pas toujours de rigueur. On peut s'y adonner si on aime
(je propose des pistes narratives et des outils techniques pour le
faire), mais ce n'est pas une obligation. J'insiste : tous les films
d'horreur qui présentent des démons sont loin d'être des films
d'exorcisme. Hellraiser, hein. L'autre référence majeure de S666.
"On peut trouver de bonnes idées,
un micro détail parfois, dans des films globalement passables ou
mauvais. On peut aussi en tirer des leçons pour ne pas refaire à
table les erreurs vues à l'écran."
Dans l’article Pandémonium, tu présentes douze démons issus
de tes parties. Pourquoi un tel chiffre ?

Il n'y a pas de raison particulière. Je reconnais volontiers que,
dans le cadre de Sombre, j'ai développé un fétichisme du chiffre 3
et de ses multiples, mais le roster aurait pu aussi bien compter 11
ou 13 démons que cela n'aurait pas gêné. Il fallait seulement
qu'il y en ait suffisamment pour quadriller le sous-genre. Je voulais
de la variété, plein de thèmes et de concepts différents. Mais il
ne devait pas non plus y avoir trop de démons pour que je puisse
consacrer à chacun assez de texte pour bien le typer. Je n'ai que
72 pages par numéro et voulais que ce sommaire soit aussi riche
que possible. Il ne fallait donc pas que le roster s'étale trop. De
toute façon, et aussi paradoxal que cela paraisse après ce que je
viens de dire, je n'avais pas non plus envie de publier une très
longue tartine de texte sur chaque démon. J'étais conscient que
cela aurait diminué sa jouabilité. Il faut décrire, mais si tu le
fais trop, la pléthore de détails complique l'appropriation des
meneurs. Au global, le bon équilibre s'est avéré être une
douzaine d'antagos infernaux. Ni trop ni trop peu.
Le scénario de ce numéro est prévu pour 2 joueurs. C’est
assez unique dans la revue pour être souligné. Pourquoi un tel
choix ? Est-il possible d'agrandir le cast ?
Je précise qu'il s'agit de 2 joueurs + 1 meneur, donc en
tout trois personnes. Exorcismus n'est pas le premier scénario
Sombre jouable dans cette configuration, mais tu fais bien de
souligner qu'aucun autre n'est prévu pour exactement 2 joueurs.
La raison en est simple, il s'agit d'un scénar à la manière de
L'Exorciste. En gros fan que je suis, je voulais mener à ma table
quelque chose qui lui ressemble. On y joue donc un prêtre et son
assistant durant un exorcisme catholique. Plus exactement, la version
horrifique du catholicisme, celle qu'on voit dans les films de
trouille américains. Du coup non, on ne peut pas étendre le cast.
Ni même le réduire. C'est vraiment un scénario pour exactement 2
joueurs. Tout, de l'équilibrage technique aux aides de jeu en
passant par les indications de roleplay théâtral, est pensé pour
un duo.
C'est un scénario Max. As-tu eu des retours sur ce système ?
D'après toi, laquelle des trois variantes Sombre est la plus
pratiquée ?
J'ai eu quelques retours sur Max. Des comptes rendus de parties de
L'appel du bayou (le scénario lovecraftien du livre de base, S9) et
de Minimax (la variante Stranger Things dark publiée dans S10), et
même le récit d'une partie jouée d'après un scénario original,
écrit par le meneur lui-même. Des gens utilisent Max, c'est un
fait. Sont-ils nombreux ? Je ne saurais dire.
J'ai très peu de visibilité sur ce que le public fait avec mon
jeu. Si ça se trouve, certains l'achètent pour en tapisser les murs
de leurs toilettes. Tout est possible, ne zappez pas. Parfois, j'ai
des échos de la pratique de Sombre, via Internet ou de vive voix, en
convention, mais ces retours sont très partiels et pas du tout
représentatifs. Depuis longtemps, mon jeu vit sa propre vie
commerciale et ludique hors de mon contrôle. Je connais quelques
clients, meneurs et joueurs, mais à ce stade, la plupart passent
très largement sous mon radar.
À la pifette et en me basant sur mes chiffres de vente (seule
donnée certaine dont je dispose), je ne pense pas que Max soit le
système Sombre le plus joué, ne serait-ce que parce que c'est le
dernier paru. Classic date de S1, Zéro de S2 (ouais, bien avant son
livre de base, qui est S6) et Max seulement de S9. Or les gens qui se
mettent à Sombre ont plutôt tendance à attaquer par deux ou trois
numéros réguliers à petits chiffres. Ce qui est rationnel.
Commencer par le commencement fait sens. En l'occurrence, le 1 et 2,
parfois complétés par le 3 et 4 quand on a les moyens et l'envie
d'investir un peu. Ou directement le 6 parce qu'on veut du simple
très simple. Mais sauf à overkiffer Predator (le bon goût,
n'est-ce pas), on tape rarement dans le 9 d'emblée.
En plus de comptes rendus, HS11 contient des nouvelles cartes pour
l’excellent The Darkly Dozen, scénario publié dans HS4. Tu penses
qu'il est beaucoup pratiqué ? Tu n’as jamais imaginé le sortir au
format jeu de société ?
Aucun retour sur Dozen. Il faut dire qu'il ne se prête guère aux
comptes rendus. Il ne produit pas de fiction rôliste, qui est en
général ce que les meneurs aiment relater dans leurs CR. Peut-être
sommes nous, toi et moi, les seuls à jouer avec ? Si c'est le cas,
ce n'est pas bien grave car je prends énormément de plaisir à le
designer et le playtester. Mes parties de Dozen sont leur propre
récompense. Jouer ce scénario est trop fun, je ne m'en lasse pas.
Et puis, ses extensions n'occupent pas énormément de place dans les
hors-séries. Donc même si elles ne sont que pour toi et moi, il n'y
a pas scandale éditorial.

Pour ce qui est d'une publication hors la revue, ma position est
la même que pour tout le reste de Sombre : je ne suis par principe
opposé à rien. Faut juger sur pièces, un projet à la fois. Par
contre, je ne veux pas me lancer dès à présent dans quoi que ce
soit qui puisse concurrencer le fanzine alors que je m'échine à le
maintenir en vie, particulièrement si le matériel concerné n'est
pas abouti. Dozen est un work in progress. Hors-série après
hors-série, je lui ajoute plein de trucs. Et j'en ai encore des tas
d'autres dans ma manche.
De manière générale, ma priorité éditoriale va toujours au
matériel inédit. Je n'ai que 24 heures par jour donc préfère
les consacrer à créer de nouveaux machins plutôt qu'à republier
ceux qui sont déjà sortis. Le temps viendra certainement où je
regarderai derrière moi. Pour le moment, je suis encore assez jeune
pour aller de l'avant. Cela ne durera pas éternellement donc je
profite.
Dernier point, je m'interroge sur la viabilité pratico-pratique
d'une édition « en dur » de Dozen. Clairement, des aides de
jeu en carton seraient super cool, mais ce scénario ne se résume
pas à un paquet de cartes. C'est aussi pas mal de texte, dont le
volume devient, extension après extension, assez conséquent. Je me
demande comment, à terme, faire rentrer tout cela dans une boîte de
jeu de société au format cartes ? Je me vois mal publier Dozen en
sabrant ses textes. À mon sens, ils font partie de l'intérêt du
scénario : un jeu de cartes expert motorisé par un système
rôliste, accompagné de la grosse tartine de feedback d'après
playtest. Je ne connais pas bien le marché du jeu de société, mais
cela ne me semble pas si courant. Je ne veux pas perdre cette
spécificité. Pour Dozen comme pour le reste de Sombre, c'est
(aussi) cela qui m'éclate : publier des trucs que tu ne vois pas
ailleurs.
Tu as proposé de nouveaux PJ pour Dozen. Pouvons nous espérer de
nouveaux antagonistes ou de nouvelles maps ? Oui, c’est un fan qui
demande.
Si c'est pour un fan, je me sens obligé de répondre ! Il est
vrai que j'ai sorti quatre nouveaux PJ Dozen dans HS10, illustrés
comme la douzaine du set de base par Greg Guilhaumond. Ce luxe inouï.
Une illu de Greg me fait mon année. Alors quatre, t'imagines. Et
oui, il y aura de nouveaux monstres pour le format rôliste, que je
n'ai pas l'intention de délaisser, même si le cartiste a ma
préférence. Et oui aussi, il y aura de nouvelles maps. Tout cela
est bel et bien dans les tuyaux. Guette les prochains hors-séries.
Les démons sont à l’honneur dans les numéros, mais également
la p'tite bourgade de Lakewood, présentée dans S8 et S10. Tu
comptes la développer encore et y intégrer l'Hôtel Croix ou
d'autres settings déjà sortis peut-être ?
L'Hôtel Croix, je ne pense pas car son architecture est très
spécifique à la Normandie. Par contre, Ouijalloween, le scénario
de S10, intègre déjà US4SQ à Lakewood. Dans ce même numéro,
Paradise lake (S5) est quant à lui devenu un setting Minimax,
variante qui se joue dans la forêt de Lakewood. Exactement comme mes
playtests infernaux puisque j'ai réutilisé les settings Minimax
pour éprouver mon roster démoniaque. Tout cela fait effectivement
beaucoup de Lakewood. Il est clair que quelque chose se monte à ma
table, je m'en suis rendu compte il y a pas mal de temps déjà. Ce
serait bien le diable (pun intended) si cela ne finissait pas par
impacter d'une manière ou d'une autre la revue.
En causant des vieux numéros, as-tu remis les pattes dans
Extinction (S2) ? Jouer des scénars d’Extinction dans Lakewood
serait bien trippant non ?
Je ne suis pas encore revenu à Extinction, mais ça me gratte. Je
n'ai jamais pu jouer dans cet univers. C'est une frustration dont il
faudra bien que je finisse un jour par me libérer. Le crossover avec
Lakewood me paraît par contre assez improbable. À ma table, je veux
dire. J'aurais un peu de mal à m'accommoder du grand écart
thématique que cela représenterait. Extinction est marin, Lakewood
forestier. Ce ne sont pas les environnements qui se marient le mieux.
Bleed de S11 est excellent. Ce scénario diceless est du concentré
de Sombre. Il promet de gros moments de roleplay et des parties
mémorables. Tu prévois d'en sortir d’autres de cet acabit ?
Merci pour le compliment, il me touche. La particularité de Bleed
est qu'il s'agit pour l'essentiel d'une œuvre de jeunesse. Sa
première version, sensiblement différente de celle que j'ai publiée
dans S11, remonte à 1994. Elle prédate même ma découverte de
Kult. C'était il y a presque trente ans. La nouvelle mouture, grosso
merdo celle que tu as lue, date de 2005. Plus de quinze ans.
Clairement, je ne suis plus le Johan que j'étais à ces époques. Il
n'est pas du tout certain que je sois encore capable ou simplement
désireux d'écrire ce type de scénar. Si une idée voisine me
venait aujourd'hui, peut-être aurais-je plutôt tendance à essayer
d'en faire une nouvelle ? Je ne sais pas. Cela n'empêche pas que
j'ai pas mal de projets drama/mélo dark pour Sombre. Mais
ressembleront-ils à Bleed ? Rien n'est moins sûr. Quelque part,
c'est aussi bien. Refaire ce que j'ai déjà fait n'est pas le truc
le plus fun du monde.
Dans S11 toujours, tu t'es fendu d’un excellent article sur la
sécurité émotionnelle. Tu as eu des retours, positifs ou négatifs,
dessus ?
Strictement aucun, mais ce n'est pas étonnant. Les retours sont
rares, encore plus sur les articles que les scénarios. Les
scénarios, on les joue, ce qui permet de raconter leur fiction
rôliste. Les articles, on se contente de les lire.
Vampires et prédateurs oniriques, tu as promis pas mal de choses.
Comment vois-tu le futur de la revue ? Tu as encore beaucoup de matos
déjà écrit à l’avance ? Tu te vois sortir encore combien de
numéros sans avoir à produire de nouveaux écrits ?
J'ai effectivement de l'envie et des idées pour pas mal de
numéros encore. Les vampires, j'en parle depuis l'édito de S2. Il
va vraiment falloir que je concrétise. Irai-je au bout de ma
démarche Sombre, je n'en sais rien. Le futur de la revue est plus
incertain que jamais. Elle a survécu au Covid, mais la crise
énergétique est arrivée derrière. Avec un budget loisir en
diminution, les rôlistes continueront-ils à l'acheter ? Mystère et
boule de gomme. Tout ce que je peux faire, c'est me défoncer pour
produire le meilleur matériel possible en espérant qu'il intéresse
suffisamment pour que des gens mettent encore leurs sous dedans. Les
cruelles incertitudes de la créativité, particulièrement en temps
de crise.
Pour ce qui est des textes d'avance, je n'ai plus grand-chose car
j'ai grillé pas mal de cartouches durant le Covid. Pour pallier
l'absence des conventions et festivals, annulés à cause de la crise
sanitaire, j'ai publié huit numéros en dix-huit mois. La
quasi-totalité du matos que j'avais sous le coude y est passée.
Dans le même temps, mon rythme de playtest a sensiblement diminué.
Les contraintes sanitaires ne valaient pas que pour les convs. Elles
ont aussi impacté le Kitchen Club. Résultat, l'après Covid est une
bataille presque aussi difficile à gagner que le Covid lui-même, ce
d'autant que ces deux années de publication intensive m'ont bien
usé.
La situation est si compliquée que je me serais bien passé de la
crise ukrainienne. Comme tous les Européens, je pense, à commencer
par les Ukrainiens eux-mêmes. Inflation ou pas, ma récupération
d'après Covid s'étalera très certainement sur plusieurs années.
Il va me falloir du temps pour reconstituer un petit stock de textes
d'avance. Présentement, je suis à flux éditorial tendu, ce qui
n'est pas confortable du tout. Il y a deux effets délétères.
D'abord, le moindre pépin un peu sérieux, un ennui de santé ou
juste des playtests plus longs que prévus, perturberait fortement la
revue. Or publier à dates fixes est crucial pour 1/ gagner des sous
régulièrement, et 2/ faire vivre le fanzine sur le moyen
terme. Difficile de fidéliser le lectorat avec une périodicité
irrégulière. Tant que je n'ai pas regagné un peu de mou éditorial,
je ne peux pas non plus me lancer dans des projets un tant soit peu
ambitieux, comme le fut par exemple Minimax (S10). Actuellement,
impossible de m'investir dans du matos que je publierai d'ici deux ou
trois ans. Je dois gérer l'urgence, qui est de cavaler derrière le
prochain numéro.
Tu commences à avoir une bonne grosse communauté autour de toi,
entre le forum, les réseaux sociaux et Discord. Tu as le temps de
tout lire ? On te propose parfois des scénarios ou du matos qui
t'intéresse vraiment ou qui, pire, te coupe l’herbe sous le pied ?
J'avoue à ma grande honte que j'ai lâché l'affaire sur les
actual plays. Je fais de la veille sur Internet pour vérifier que
les gens ne publient pas de vidéos d'après les scénarios officiels
parce que je ne veux pas qu'ils soient spoilés sur YouTube ou
ailleurs, mais je n'ai plus le temps d'écouter de longues parties de
Sombre, aussi intéressantes soient-elles. Il me faudrait 48 heures
par jour et au moins 36 heures par nuit. Ingérable.
Pour ce qui est des scénarios des fans, oui cela peut parfois
poser problème. D'un côté, c'est super hyper méga supra cool que
des gens s'emparent de mon jeu pour écrire leurs propres histoires,
puis les diffusent sur Internet pour que d'autres les jouent. Je
kiffe à mort. De l'autre, quand leurs productions touchent des
thèmes ou des sous-genres horrifiques qui m'intéressent et que je
n'ai pas encore abordés dans la revue, je tique un peu.
D'abord parce que je ne veux pas donner l'impression que je
plagie. Or certains sous-genres sont très pointus. On a vite fait de
retomber sur les mêmes codes et clichés. Ensuite parce que cela
diminue sensiblement mon fun de création. L'un des aspects les plus
cool de mon travail est d'explorer des terres narratives vierges.
House of the rising dead (S1) n'est pas, loin s'en faut, le premier
scénario zombies pour un jeu de rôle d'horreur, mais ce fut le
premier pour Sombre. Jamais aucun autre auteur n'en avait produit un
pour mon jeu. Cela a fait partie intégrante du plaisir de l'écrire
et de le playtester. C'était inédit donc hyper frais donc très
motivant. Refaire, fut-ce différemment, ce que d'autres rôlistes
ont déjà fait avant moi l'est beaucoup moins.
"Tout ce que je peux faire, c'est me défoncer pour
produire le meilleur matériel possible en espérant qu'il intéresse
suffisamment pour que des gens mettent encore leurs sous dedans."
On se fait un retour sur les films ou les sons sympas qui seraient
sortis récemment ? Tu aurais quoi à conseiller pour se mettre en
mood Sombre ? Te sachant fan de Carpenter Brut, tu as pu mater
l’excellent Blood Machines ?

Pas encore vu Blood Machines. Je suis en retard sur tout, c'est
une pitié. Comme tu le sais puisque tu es abonné à la page Tipeee de Sombre, j'ai depuis peu commencé à livrer des contreparties
constituées de critiques de films. Dans la dernière, je me suis
intéressé à Blood Quantum de Jeff Barnaby, une apocalypse zombie
en terre amérindienne qui m'a plu. Dans un registre moins sérieux
et plus déglingo, j'ai kiffé Psycho Goreman de Steven Kostanski.
Régressif, nostalgique et fun. Quant à Possessor de Brandon
Cronenberg, c'est un coup de cœur. Cyberpunk low-tech + horreur
psychologique + sexe + gore = combo qui décape. Je l'ai vu deux fois
en deux ans, ce qui est inhabituel. J'ai tellement de retard de
visionnage et suis si occupé par Sombre qu'il est rare que je remate
un film aussi rapidement après l'avoir vu pour la première fois.
Mais là, je n'ai pas pu résister. Il est trop bien.See ya !
Ressources
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+ La première interview sur le Blog du Visage Défoncé au Marteau